Travailler moins pour quoi faire ?

Quels enjeux de société sont liés au détravail ?

travailler moins pour quoi faire

Travailler tous

Si le système actuel doit perdurer, autant éradiquer dès maintenant le chômage en répartissant le temps de travail disponible (majoritairement sous la forme d’emploi) entre tous les actifs. Selon l’enquête Parlons Travail de 2016 de la CFDT (https://analyse.parlonstravail.fr/), 6 français sur 10 sont favorables à cette idée. Encore faut-il réussir à s'accorder sur une répartition plus égalitaire des richesses produites, à inciter économiquement et symboliquement les organisations à couper des postes en 2 ou 3.

Travailler mieux

Tous les spécialistes du bien-être au travail le disent : c’est notamment en travaillant un peu moins qu’on devient plus efficace et productif au travail. Les dirigeants d’entreprises ont donc tout intérêt à s'engager dans cette démarche.
Permettre aux salariés de faire des pauses régulières, de fixer leurs conditions de travail (équipement, télétravail...), de décider de leurs horaires et du temps total de travail, avoir du temps consacré à d'autres projets que ceux de l'entreprise sur le lieu de travail, etc. Bref, de telles mesures font encore figure d'exception, bien mal dissimulées derrière des « mesurettes », comme le recrutement de « Chief Happiness Officers » (littéralement, Chef du Bonheur au Bureau) ou l'investissement massif dans le duo gagnant babyfoot et table de ping-pong.
Au contraire, la tendance est à l’épuisement professionnel. Et rappelons que l'accident du travail lié à des affections psychiques est en moyenne près de deux fois plus long que les autres types d'accidents (article le monde 2018).
N’attendons donc plus d’être à bout pour ralentir, voire dire stop.

S’engager plus

Si nous avons plus de temps, nous pouvons choisir de produire et cuisiner notre propre nourriture, de construire nos meubles, de réparer nos biens.
Travailler moins, c’est donc reprendre contact avec son environnement proche en s’engageant pour un futur individuellement et collectivement soutenable.
En ce moment, de nombreuses initiatives émergent pour un retour à la gratuité et à l'intelligence collective : partage et échanges d’outils, de connaissances, de savoir-faire, cantines solidaires à prix libre, épiceries solidaires et supermarchés coopératifs, « repair café », etc. A chaque fois, le temps et le lien social viennent remplacer l’argent.
Autant de preuves qu'il est possible de bien vivre avec moins d’argent, à condition de réduire notre temps de travail contraint. Parfois, il est même possible de trouver une activité rémunératrice en s'engageant dans ces initiatives de cœur.

Gagner moins

Sujet épineux ! Inutile d’attendre une mesure politique : interrogeons-nous dès maintenant sur notre rapport à l’argent, notre consommation, l'acquisition immobilière, nos idéaux de vie, notre vision de la réussite.
Oui, décider de travailler moins sera probablement d'abord synonyme de gagner moins d'argent. Et les millions de personnes sous le seuil de pauvreté - environ 1000€/mois pour une personne seule - peuvent difficilement se permettre ce luxe.
Mais nous proposons tout de même trois pistes qui relèvent la jauge espoir :
1/ s’attacher à des valeurs moins économiques : des études révèlent que les pays les plus riches ne sont pas forcément les plus heureux. Transformons donc la France en un pays moins riche mais au BIB (Bonheur Intérieur Brut) dopé ;
2/ travailler beaucoup nous coûte cher car nous devons payer pour ce que nous n’avons pas le temps de faire : gagner moins d’argent, ce n’est donc pas forcément vivre moins bien, mais l’opportunité d’être davantage aux contrôles de sa propre existence ;
3/ Le revenu de base est un dispositif qui intéresse de plus en plus les femmes et hommes politiques qui ont le courage de remettre en question notre modèle de société en crise : de quoi bousculer la place du travail contraint dans nos vies sur les prochaines années !

Travailler plus

Oui oui vous avez bien lu ! La valeur travail, en France particulièrement, est au cœur du projet de société. Le problème aujourd’hui, c’est que ce sont surtout les personnes en emploi (salariés et indépendants) qui sont considérées, et jugées comme “méritantes”. Car c’est à travers la valeur économique des activités qu’on les qualifie de « sérieuses » ou non (pour le calcul du PIB vous l’aurez compris). L’emploi a été sacralisé au point que le chômage est encore perçu comme un fardeau privant de reconnaissance et d’utilité sociale.
Mais pour les philosophes en herbe (et il y en a de plus en plus), l’emploi, ce n’est pas le travail ! Si travailler est synonyme de torture pour certain.es, pour d’autres, c’est aussi « se mouvoir dans son environnement », c’est mettre une part de qui l’on est dans ce que l’on fait, c’est sentir que nous avons une interdépendance avec notre milieu.
Bref, le détravail, ou plus justement le « désemploi », peut permettre aux individus de découvrir des espaces-temps nouveaux leur permettant de remettre du sens dans leurs actions.
Parce que le mot “travail” est un “mot valise”, et parce que notre monde fait face à des problématiques sociales et écologiques importantes, on peut vous affirmer qu’il est nécessaire de travailler moins pour travailler plus.

Polluer moins

Notre modèle de société, de plus en plus nocif pour le vivant, repose aujourd’hui sur la forme dominante du travail qu’est l’emploi. Nous sommes baignés dans une économie de marché, où la croissance est encore majoritairement visée par les organisations et les institutions, et où la consommation de produits et services doivent progresser pour perdurer le modèle.
Comme le montre clairement cette étude du Think Tank Autonomy, une perspective de décroissance économique envisagée à travers une réduction drastique du temps de travail classique semble inévitable afin de réduire la consommation d’énergie, les déplacements, et l’énergie humaine gaspillée au détriment de la planète et de conditions de vie soutenable.

Vivre mieux

Nous aspirons à plus de temps libre pour le consacrer aux activités qui font sens à nos yeux. Profitons du progrès technologique pour lever le pied. Laissons les tâches pénibles aux robots et valorisons les activités non remplaçables par des machines. N’attendons pas 65 ans pour se dire libéré.es du travail.
Travailler moins, c’est l’occasion de profiter de nos proches, de prendre du temps pour soi, de s’engager pour des causes qui nous importent. Une opportunité pour s’amuser, s’ennuyer, militer, bronzer, voyager, tester, apprendre à se connaître, partager, jardiner, éduquer, etc. Le détravail est enfin l’occasion de (re)trouver un équilibre de vie qui nous correspond. Bref, même si beaucoup d’entre nous en ont encore peur (et c’est bien normal), nous avons la conviction qu’avec un peu de patience et d’apprentissage de soi, il sera plutôt agréable de mettre à profit ce temps libre supplémentaire retrouvé.

Imaginer demain

Aujourd’hui, nos vies vont à 100 à l’heure et l’économie de l’attention n’y est pas pour rien dans cette course. Nous avons l’impression de ne jamais avoir le temps.
La vérité, c’est que nous ne prenons pas ce temps.
Pourtant nous n’avons jamais eu autant besoin de nouveaux récits pour imaginer notre monde dans les années à venir. Les enjeux sociaux et écologiques sont titanesques. Les politiques semblent complètement bloqués au XXème siècle. C’est donc à nous, citoyen.nes, de prendre du recul sur nos vies et sur le monde qui nous entoure. C’est à nous de reprendre en main une partie de notre temps pour réfléchir et créer ensemble la nouvelle société que nous souhaitons voir émerger pour nous et nos enfants. Une société où chacun.e saura s’ennuyer dignement, se contenter de peu, et surtout, partager.